dimanche 23 juin 2013

Dominique Perrault 1

A une récente rencontre organisée par des avocats au sujet du nouveau Palais de Justice de Paris, un des invités était l’ancien greffier de la cour de Luxembourg, venu évoquer le projet de Perrault pour ladite. Il raconte qu’une fois la décision prise de construire le nouveau siège, il fallut trouver un architecte. il n'y avait pas à l’époque, dit-il, de concours obligatoire, de directive européenne sur la concurrence, etc: ils pouvaient choisir qui bon leur semblait. La Bibliothèque de France venait d’ouvrir, le premier président de la cour s’y rend avec des collègues, trouve ça pas mal, finalement, va voir le concierge (sic - Je me demande où il y aurait un concierge à la TGB) et s’enquiert de l’architecte et de son nom. « Euh... Monsieur Perrault ? Eh bien justement il est là bas sur l’esplanade avec des japonais ». Le premier président se dirige vers le groupe (là le greffier qui raconte prend un ton très gratin) « Monsieur Perrault ? Voici ma carte, appelez-moi lundi, voulez-vous ? »
Et voilà comme s’est construit l’ensemble de barres à la couleur "alu champagne" « hommage au rectangle ».

jeudi 22 septembre 2011

concours

Face à l'inflation des candidatures lors des concours de maîtrise d’œuvre, les maîtres d’ouvrages vous expliquent qu'il est difficile de choisir entre tant de candidats: il y en a tant de bons ! Mon expérience récente, au contraire,c'est que dans des concours où 120 dossiers ont été déposés, il est difficile d'en trouver trois bons. Et ce ne sont pas ces trois là qui sont retenus, bien sûr.

dimanche 21 août 2011

culture et autres

On découvre souvent des projets étonnants sur la toile. Là il s'agissait d'équipes qui avaient été sélectionnées à un concours où nous étions candidats. On tombe sur le site d'une agence de naja de base, on rigole bien devant toute sorte de projets remarquablement sans intérêt, mais voilà qu'on s'arrête là-dessus.  Il ne s'agit donc pas simplement d'un projet nul, comme celui- ci (qui est un remarquable hommage à Vasarely ou à la façade de bureaux tellement années 70 de l'avenue Matignon, maintenant déposée), mais d'un projet qui dénote une singulière absence de compréhension de ce qu'est la forme parisienne.

 Il y avait là un petit bâtiment existant banal et bien proportionné, sans cachet particulier mais qui semblait tenir sa place dans le paysage parisien, avec un petit côté "public" en pavillon que nos amis ont soigneusement détruit. Ils lui ajoutent une "volumétrie simple, rigoureuse et radicale" (sic... ah, quand la paresse se pare des  vertus du minimalisme, c'est magique) pour en faire un bâtiment parfaitement ridicule, le pauvre. Il semble imité des jeux d'enfants sur catalogue, aux couleurs criardes, qu'on voit dans son jardin devant; il ne ressemble plus à rien, avec ses étoiles rapportées qui évoquent plus une chambre d'enfant relookée par  Valérie Damidot qu'un bâtiment public.

Encore une fois, ce n'est pas juste la médiocrité des architectes qui est en cause. C'est, me semble-t-il, le symptôme d'un problème plus vaste, qui signale l'inculture des projeteurs et leurs incapacité à comprendre la ville (ici Paris) où ils travaillent.
Je ne parle pas de règles ou de traditions à respecter, mais d'une connaissance intime du lieu et de sa logique formelle. Celle qu'a Scarpa de Venise quand il fait la Querini Stampalia ou, dans un registre très différent, celle qu'ont Chemetov et Huidobro quand ils dessinent le ministère des Finances. Cette compréhension que n'ont pas les services de la voirie parisienne quand ils dessinent les couloirs de bus du boulevard Saint-Marcel : ils procèdent d'une logique incompatible avec la perception qu’on a des boulevards parisiens.
D'où vient cette inculture? Elle est peut être un des révélateurs de la crise de l’enseignement, partagé antre deux branches apparemment opposées mais finalement assez proches : l'histoire de l'architecture enseignée comme une discipline "livresque" (je ne trouve pas le bon mot : sans compréhension du projet, disons) et la vision "artiste" et Beaux-Arts du projet ("je pose mes tripes sur la table"). Là, nos amis de RH+ sont incapables de comprendre ce qui fait la petite qualité du bâtiment existant, et le rendent finalement grotesque. Dominique Alba doit adorer ce projet.
Dans un registre un peu semblable, on trouve les tas de Jakob et McFarlane près de la porte du Pré Saint-Gervais: leur idée du "faire parisien" semble se limiter à un coup de peinture maronnasse (mais il faudrait revenir sur ce projet particulièrement médiocre en en analysant les plans).




mardi 3 mai 2011

Corbu vu par... le Monde

"l'œuvre d'art la plus désirable des temps modernes,
c'est une belle pièce pour y vivre".
Frank Lloyd Wright

Le Monde de ce soir publie la critique du film argentin l'Homme d'à côté, qui a pour décor la villa Curutchet, construite par Le Corbusier à la Plata. La critique est accompagnée d'un petit encadré non signé, qui donne au lecteur quelques précisions sur la maison :

" Le Corbusier aimait l'Amérique du Sud à sa manière : au point de considérer, en 1936, que "la Ville de Rio n'existe pas encore". Il participera avec Oscar Niemeyer à la construction du ministère de l'éducation nationale à Rio de Janeiro (1936-1943). Et c'est presque tout, sauf... un peu plus loin en Argentine, à La Plata : la villa du docteur Curutchet, dessinée en 1948, achevée en 1953. "Corbu" n'y mit jamais les pieds. Trois architectes furent successivement mandatés pour se crever à la tâche. Il en reste une belle maison à l'écriture achevée, dans la foulée de ses maisons d'avant-guerre, en plus libre, plus ouvert : c'est l'une des dernières qu'il imagine, à peu près contemporaine des maisons Jaoul (1955), du couvent de la Tourette (1960) ou de la chapelle de Ronchamp (1955). Habiter chez Corbu exige souvent une forme de sainteté que n'eut pas la famille. Elle abandonna les lieux au bout de dix ans. La villa pourrit sur place jusqu'à sa restauration en 1987 et sa conversion en siège du Collège des architectes argentins. Une autre forme de piété".

On aimera le style un peu faux et fielleux de ce petit poulet. Il est certes difficile de parler d'une telle maison en si peu de place, mais l'auteur aurait pu commencer au moins par ne pas écrire une erreur par ligne, et sur quel ton... Quand on connait l'importance de l'Amérique du sud pour l'architecte, les conférences qu'il y fit, le plan de Buenos Aires, l'influence énorme qu'il y eut sur toute la jeune génération des architectes modernes de nombreux pays...

"Corbu n'y mit jamais les pieds"? Qu'est ce qu'il veut dire? Alors que la force de LC c'est d'avoir fait une villa aussi génialement contextuelle sans, effectivement, avoir vu le site autrement qu'en photo. Je suggère à l'auteur de lire le petit ouvrage d'Alejandro Lapuzina consacré à la maison (Princeton architectural press): on y lit la magnifique lettre de remerciement envoyée à Corbu par le docteur Curutchet quand il reçut les plans, elle vous tire des larmes, et j'imagine peu de clients aujourd'hui écrire en ces termes à leur architecte, surtout en n'ayant que les plans en main et pas encore la maison... On y apprend aussi que Mme Curutchet, devenue cardiaque, dut quitter la maison à cause des escaliers, et que le Dr Currutchet la conserva longtemps (la maison...), même après avoir du la quitter pour cela (toujours la maison...). L'architecte chargé du chantier par le client et LC, Amancio Williams, n'était pas un manchot, et même un brillant architecte. Il prit sa tâche comme un honneur (il faut voir comme il écrit quand il suggère à LC de modifier l'escalier "à la petit hôtel" du vestibule) et il est pour beaucoup dans la qualité du projet. Qualité considérable, énorme, pour cette maison que le pignouf du Monde expédie en une ligne: "une belle maison à l'écriture achevée, dans la foulée de ses maisons d'avant-guerre, en plus libre, plus ouvert". Que voilà bien des paroles verbales, des mots pour ne rien dire du tout (écriture achevée? il en connait d'inachevé, chez LC?) et cela pour parler d'une de ses maisons les plus complexes (avec Shodan, disons), si complexe que même en croyant la connaître on peut passer une heure à essayer de retrouver le plan et, surtout, la coupe (enfin les coupes puisque elles changent énormément à quelques mètres de distance).


Etre un saint pour habiter chez LC? En tout cas, on le deviendra peut être, comme dans toutes les architectures qui vous transportent et vous transforment... L'espace de la maison Curutchet est riche, et plus encore : il transforme la vie en aventure du temps, on y découvre que l'architecture embellit la vie de tous pour presque rien, que l'architecte s'est tué à mettre de la pensée partout, jaillissante et profuse, pour que, plus tard, des habitants qui n'en sauraient rien auparavant en aient le cœur et le corps dilatés, submergés par une beauté qu'ils n'imaginaient pas.

Et pour le type du Monde? Mets-le dans une chambre de Laurent Niget, ça ira bien .

lundi 2 mai 2011

évanescent ou rien : ça n'est pas incompatible

Les petits billets de la version électronique du Moniteur sont l'objet de délices toujours renouvelés. Un des derniers présente un projet lauréat de l'agence -Scape (sic) pour un gymnase à la porte des Lilas, sous le titre prometteur "Un complexe sportif évanescent au bord du périphérique parisien". On y lit entre autre :

"Malgré la densité du programme, les architectes de -Scape ont cherché à concilier ces nombreux impératifs programmatiques avec une impression de légèreté architecturale. L'équipement apparaîtra comme un objet évanescent, tranchant quelque peu avec son environnement urbain immédiat."
 
C'est . Bon, en fait, le projet est une boîte quelconque (pour rester poli), positivement nulle et tapissée de polycarbonate: s'il n'y avait que cela, il ne se distinguerait pas de la plupart des projets parisiens du moment, que le Moniteur publie avec ravissement et que le Pavillon de l'Arsenal expose. Mais il invente un nouveau degré dans la truanderie chic: il suffit de faire une perspective où le projet n'est tout simplement pas dessiné pour parler d'évanescence, et le tour est joué : un projet "évanescent", et une critique qui l'est tout autant. Il faudra s'en souvenir quand ce sera terminé et que le bâtiment construit, lui, sera massivement là.
Bon, il y a un précédent, une autre boîte bête qui reflète le ciel, et est toute en lumière électrique à l'intérieur : le Laban Dance Center de H&dM. Ces deux projets, finalement, sont à l'architecture ce que David Hamilton est à la photographie: rien.

 

dimanche 1 mai 2011

Nigetterie, suite

Voilà une photo rapidement prise du bâtiment de la SEMIDEP (on pourra voir un plan d'étage courant sur le  site du projet sur architopik) :


  Cette partie de la rue de la Fontaine au Roi est, il est vrai, particulièrement ingrate : on y trouve notamment (en amorce à droite sur la photo) un volumineux bâtiment opaque très peu urbain. Mais le projet de Niget semble vouloir compenser la laideur du site en y ajoutant, en plus, le ridicule et la prétention. Claude Schnaidt, dans un article consacré à Roland Schweitzer et à Roland Simounet dit de ces derniers qu'ils "témoignent par leurs œuvres (...) que les hommes ne sont pas condamnés aux clapiers ou aux cavernes". Niget réussit dans son projet, lui, à faire les deux en même temps: les chambres sont des cavernes et le bâtiment est un clapier.
Quant au texte qu'écrit l'architecte sur le projet, le voici :
 " La masse bâtie vient alors se dessiner assez simplement, à l'image d'un grand pignon plan, qui révèle en filigrane son histoire, le volume offre une façade nord, lisse, largement percée, au-dessus d'un rez-de-chaussée qui laisse filer le regard jusqu'au cœur d'îlots. Comme Georges Perec l'a déclinée, cette façade, la nuit venue, révèle alors le fonctionnement de la résidence, derrière une peau d'écailles en verres colorés translucides, un jeu d'ombre joue le spectacle du quotidien. L'intimité préservée par la distance, la hauteur, l'occultation possible, et l'opalescence des écailles couvrant le vitrage en imposte, ne nuit pas pour autant au jeu abstrait des ombres. Ces fenêtres sont autant de "boîtes" offertes au résident, extension de leur plan de travail, elles permettent, en toute quiétude de s'asseoir dans le paysage urbain qui s'anime en contre bas et d'attraper les derniers rayons du soleil qui se couche dans l'axe de la rue. Ainsi la fenêtre devient habitée, fenêtre-banc dans une chambre ou toute surface se doit d'être exploitée. La façade dans laquelle viennent se tramer ces évènements est pincée entre deux mitoyens et, pour renforcer cet effet, un chanfrein est pratiqué en vertical sur toute la hauteur de la saillie du volume. Une saillie détalonnée des limites de parcelle qui permet d'avancer un "ventre" au volume et de gérer le fort décalage en plan d'avec la parcelle du 14 de la Rue Morand.
En partie haute, ce jeu de facettes fuit jusqu'au plafond du gabarit et dessine depuis le bas de la rue un pignon effilé.
En écho au projet voisin de résidence pour étudiants, ces façades sont traitées selon un principe général couvrant l'ensemble de la peau. Un principe élémentaire d'écailles colorées en fibre-ciment recouvre l'ensemble des faces, rampants compris, jusqu'à habiller la sous-face du R+1. Seules les fenêtres viennent perturber le réseau, des percements simples, en partie basse qui se diluent dans le flou translucide des écailles de verre coloré. Ce banal motif en losange qui couvre de nombreux pignons du tissu faubourien est ici détourné, amplifié, tissé à l'infini jusqu'à servir de modèle au rythme de la métallerie qui clos le niveau bas d'accès et les pièces de service de l'équipement".

j'avoue mon admiration devant le talent de dire autant sur aussi peu... On ne sait quoi commenter : la référence à Perec (la nuit venue, on voit les gens à travers les vitrages... ) et le lyrisme pour parler d'une fenêtre carrée où justement, la perspective intérieure montre qu'il ne se passe rien.... pas d'appropriation, pas de balcon, pas de vue latérale... Rien. Mais après tout, qui demandait quelque chose? Il n'y a que des gens qui habitent là, et qui sommes-nous pour demander à l'architecte d'avoir un peu travaillé, et de leur offrir un peu plus qu'un couloir minable en fait de chambre?

lundi 25 avril 2011

Le Monde pour commencer

... Puisqu'il faut bien commencer par quelque chose, voici l'occasion toute trouvée... Frédéric Edelmann publie dans le Monde un article exemplaire: par le ton d'abord, si Edelmannien, si je puis dire: tout en absence de prise de position, en "lâcher de nom", en longue litanie de non-analyses. Pas de pensée, pas de critique, un ton désinvolte et cynique qui s'applique à ne rien dire avec application. Des effets de style étrange d'un mec à la redresse qui voudrait passer pour un écrivain (Brigitte Metra une championne?) et qui sont là pour faire dandy, écrivain, épuisé, début de siècle. Et puis quand même quelques perles. FE évoque la phrase de d'A pour qui les architectes sont, au MIPIM, des faire valoir. Et il ne semble pas voir que ceux qu'ils cite comme des champions de l'avant garde refusés par les conservateurs bornés de l'ouest parisien, Gehry ou Ricciotti, sont eux-mêmes les faux nez d'affaires de gros sous, des affaires bien grasses et juteuses, des vrais faire-valoir au sens propre: ils font valoir chers et chic des projets de promoteurs. Tous les deux refont sans cesse le même bâtiment (des "nuages" en écaille de métal sur des boîtes opaques pour Gehry, des boîtes en verre bien lisses doublées d'une grille de béton pour Ricciotti), sans état d'âme. J'ai un reste de tendresse pour Gehry à cause de ses premiers projets, il y a très longtemps, qui sont des chefs d'œuvre - notamment le garage et l'extension de sa maison à Los Angeles. Mais, comme le disait Hertzberger lors de sa conférence récente à la Société Française des Architectes, il n'y a nul intérieur à Bilbao.
Hadid pour Chanel: c'est la mochardise toc au service de la vulgarité chère, y'a pas mieux. Edelmann tire sur l'ambulance du malheureux Ott, bien médiocre en effet, mais les autres? Le bâtiment de Niget pour la SEMIDEP est d'une telle nullité désolante qu'il n'y a là nul besoin de critique ou d'architecte: un peu de goût suffit. Imaginez une façade bombée, aux proportions désolantes, percées de trous trous minables, recouvertes d'écailles oranges qui tombent un peu devant chaque fenêtre, en manière de chalet suisse. Plus nul je ne connais que Jakob et McFarlane (mais en cherchant bien, peut-être?).
Dans le même article, FE nous ressort l'antienne du Paris-qui-ne-bouge-pas-alors-que Londres-et-Berlin-si (manque de bol, oui, le Marais est à peu près fini) et expédie d'affaire du 57 métal en une ligne (il faudra y revenir, vous verrez c'est drôle). Edelmann aime tout le monde, les stars, les starlettes, les homme d'affaires (dans le cas de Ricciotti, de Hadid et de Nouvel, ils sont tout en même temps, des sorte de Luc Besson de l'architecture en somme), il serait temps qu'il arrête, ou bien qu'il se remette à faire de la critique.